Lectures érotiques - Sexualité


Les Rapports Hite - Shere Hite Imprimer
Lectures érotiques - Sexualité
Écrit par Miriam   
Le Rapport Hite sur la sexualité féminine de Shere Hite Le Rapport Hite sur la sexualité masculine - Shere Hite

Pour des raisons personnelles, trop intimes et trop dangereusement engagées pour être exposées ici, j'ai décidé tout récemment d'inaugurer une petite rubrique supplémentaire sur le site. Et dans cette rubrique, je m'en vais débattre de sexualité. Pas littéraire, pas artistique, pas mystique. De sexualité bien humaine et bien basique, dans, par et pour le corps. Et pour inaugurer cette nouvelle rubrique, à tout précurseur génial, tout honneur : je parlerai en premier lieu de Madame Shere Hite et de ses deux ouvrages majeurs - majeurs à mes yeux tout du moins.

Avant de parler des deux « Rapports Hite », je voudrais préciser une chose. Ce que j'écris, ce que je brode, ce que je « joue » dans la scène BDSM (et qui n'apparaît pas ici), ce ne sont pas des impulsions magiques qui me viennent de rien. La légende veut que l'inspiration des artistes tombe du ciel. Laissez-moi vous dire une bonne chose et acceptez de vous le tenir pour dit : c'est totalement faux. Vous pouvez vérifier auprès de tous /toutes les artistes, l'inspiration vient de la vie et non des limbes du ciel. Je tire donc une profonde révérence à Madame Hite car ce sont ses découvertes et son travail qui, en grande partie, alimentent le mien. Que ce soit indirectement, par l'impact que ses recherches ont eues sur la société, ou plus directement, par les avatars qui en ont découlé. Merci, Madame Hite, merci.

Un peu de biographie tout d'abord, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Shere Hite. Née le 2 novembre 1942 aux États-Unis, Shere Hite est diplômée d'histoire (Université de Floride) et a obtenu son doctorat à l'Université de Nihon (Japon), dans le département des Relations Internationales. Déclarée « icône internationale du féminisme » par Marie-Claire France, Shere Hite a consacré toute sa vie à la cause des femmes et de leur sexualité totalement incomprise. Et aussi, par ricochet, à celle des hommes - ce que beaucoup de ses détracteurs ont contesté mais qui n'en demeure pas moins très vrai. C'est en 1976 qu'est publié le résultat d'une enquête de très grande envergure menée par Shere Hite et son équipe. « Le Rapport Hite sur la sexualité des femmes » fait suite à d'autres recherches, notamment celles du biologiste Alfred Kinsey (Les rapports Kinsey : Sexual Behavior in the Human Male de 1948 et Sexual Behavior in the Human Female de 1953) ainsi que celles de William Masters et Virgina Johnson (Human Sexual Response en 1966 et Human Sexual Inadequacy en 1970). Quelques années et un gros scandale plus tard, en 1981, Shere Hite « récidive » avec « Le Rapport Hite sur la sexualité des hommes ». Pourquoi un gros scandale ? C'est fort simple, Shere Hite remet complètement en cause le modèle culturel et social de la sexualité; tant de la sexualité féminine que de la sexualité masculine. Après Freud et ses « vaginales », après les théories fumeuses de Masters et Johnson sur la « stimulation clitoridienne indirecte » (sic), après les contorsions des chercheurs qui (re)mettent en lumière le « point G », voici que Shere Hite paraît et déclare, très sûre d'elle et des réponses d'un peu plus de 3.000 femmes : « FOUTAISES ! ». Selon Shere Hite, le schéma « préliminaires - coït - orgasme de l'homme - fin des activités » est tout simplement un schéma inadéquat, pour les femmes en tout cas (et, plus indirectement, pour les hommes aussi). On imagine le déchaînement qui a suivi.

Déchaînement dogmatique, tout d'abord. Quand on a eu le crâne farci de freuderies depuis sa plus tendre enfance, il est très difficile - voire impossible - d'y renoncer. Le coït, une « activité masturbatoire intra-vaginale des seuls hommes » ? Mais c'est une honte, mais c'est un scandale, mais c'est une abomination ! Car « tout le monde sait bien que les femmes qui n'ont pas d'orgasme vaginal sont des lesbiennes refoulées et/ou des névrosées n'ayant pas surmonté le traumatisme de leur absence de pénis » (sic). D'où sort ce truisme, on est en droit de se le demander. Mais si c'est Freud qui l'a dit, alors c'est indiscutable : qui irait contredire Freud et ses « intuitions géniales » ? Je précise que, selon moi, Freud est un immonde phallocrate doublé d'un misogyne fini, et qu'en plus ses « méthodes scientifiques » sont à mes yeux une mystification criminelle et dangereuse. Quoi quoi ? Qu'entends-je au fond de la salle ? Des pas d'accord ? Fort bien. Imaginons un instant que Freud ne se soit pas prénommé Sigmund mais Sigmunda. Et que Sigmunda ait eu « l'intuition géniale » que « l'agressivité pathologique de l'homme » (sic) soit le « signe du traumatisme infantile d'être incapable de créer la vie et de la nourrir » (sic2). « Incomplet » (sic3) car n'ayant ni « refuge intérieur » (sic4) ni « rondeurs nourricières sources de vie » (sic5), l'homme serait « en colère d'être une femme ratée » (sic6) et tenterait désespérément de « reconquérir ce qui lui manque » (sic7) en « fouillant avec violence tout ce qui lui tombe sous la main/le pénis » (sic8), acharné à faire des trous partout, et surtout « dans du rond » (sic9), y compris dans le croupion de la volaille et dans la caboche du voisin, afin de devenir la « Femme Créatrice » (sic10) qui « détient le pouvoir » (sic11) de « nier le néant » (sic12). CQFD. [CQFD mon cul, si vous me permettez l'expression]. Restons sérieux (fin des sic). Ce sont des délires pathogènes qui ne reposent sur rien de scientifique ni de concret. Au cours de l'histoire, hélas, ces délires ne sont pas les premiers. Un précédent parmi (tant) d'autres : baser la médecine physique sur des suppositions remontant aux tâtonnements hippocratiques, et généraliser à partir de là, comme aux 16ème et 17ème siècles, des notions comme « il/elle a trop d'humeur bilieuse, faut le/la saigner » - ce qui expédie aussitôt le/la patient/e « ad patres ». Ce n'est pas moins grave que de divaguer, tout éveillé, sur les élucubrations de gens emprisonnés dans le carcan abominable de la société répressive du 19ème siècle. Les reproches formulés à l'encontre de la méthodologie d'enquête de Shere Hite (ne respectant pas les quotas, en clair) par ceux qui s'accrochent aux théories freudiennes de la sexualité sont scientifiquement non défendables. J'exige que l'on fournisse le corpus de travail de Freud et qu'on me prouve que, statistiquement, il est rigoureusement valable. Vlan ! Motus au fond de la salle. Freud n'a jamais mené d'étude statistiquement correcte. Il s'est contenté de tirer de monstrueuses conclusions de son pouce, comme un sale méchant sbire dérangé qu'il était. Et tous les pompeux snobinards de sa clique, n'ont, pour la plupart, pas été plus honnêtes depuis.

Déchaînement politique, ensuite. Shere Hite est une féministe convaincue. Lorsque son « Rapport sur la sexualité féminine » est sorti, l'affrontement entre les « tenants de la phallocratie » et les « combattantes pour l'égalité des sexes » battait toujours son plein. Les femmes brûlaient leur soutien-gorge, défilaient dans la rue et scandaient des slogans guerriers. C'était une autre époque, mais c'était une étape nécessaire. S'il n'y avait pas eu de révolte et de combat fièrement mené, nous en serions toujours au statu quo. Ce ne sont pas les activistes du mouvement gay et lesbien qui me contrediront. En plus d'être attaquée sur sa méthodologie de recherche, Shere Hite a été accusée de parti-pris féministe. Quoi ? Les hommes ne sont donc plus « indispensables » ? Les femmes veulent les remplacer par elles-mêmes, d'autres femmes ou un vibromasseur ? Qu'ont-ils faits, ces pauvres hommes, pour mériter un sort pareil ? N'ont-ils pas toujours défendu la veuve et l'orphelin, protégé leur/s femme/s et leur/s petits, sué sang et eau pour le confort des leurs, et pour quelle récompense ? À ce niveau, Shere Hite a été complètement incomprise, sans doute en partie parce qu'elle n'y a pas été avec le dos de la cuiller. Mais elle devait se faire entendre, clairement et intelligiblement. Ce ne fut pas au goût de tout le monde, comme toujours dans de pareils cas. Mais de là à prétendre invalider son travail, il y a une marge totalitaire qui ne doit pas être franchie.

Déchaînement social, enfin. Proposer de mettre par terre le modèle sexuel humain et de le remplacer par une terra incognita encore à (re)découvrir et à (ré)explorer, c'était si radical et si déstabilisant que certain/es ont tout simplement accusé Shere Hite d'être une menteuse. On a déterré des photos d'elle en petite tenue, parues dans Play-Boy à l'époque où, étudiante, elle n'avait pas assez de fric pour payer ses études. On l'a accusée de dénoncer la société phallocrate uniquement quand ça l'arrangeait bien (sic : désolée, j'y peux rien, le sic revient tout le temps). De vouloir se faire de la pub en sortant un bouquin controversé sur la sexualité. D'aller à l'encontre de réalités biologiques incontestables, comme la nécessité vitale de l'accouplement de type coït dans la sexualité humaine (les lesbiennes, les soumis masochistes, les fétichistes de la chaussure et autres « malades mentaux » - sic tournée générale... - apprécieront ce genre d'affirmation péremptoire). Shere Hite, qui n'avait pour propos que de souligner l'influence énorme que les représentations socio-culturelles ont sur l'entièreté des activités et des individus humains, ce et y compris dans leurs activités sexuelles, s'est retrouvée dans la même situation que Galileo Galilei, ce fameux 16 février 1616, face aux inquisiteurs de la Sainte Église Catholique. Non, répondit-on sévèrement à Shere Hite, l'activité sexuelle n'est pas « apprise », elle est « innée », un point, c'est tout. Accepter de remettre en cause ce modèle c'est prétendre que la « nature se trompe ». Or la nature est la nature, tous les animaux copulent, depuis la girafe jusqu'au dauphin. Donc avoir des relations sexuelles, c'est copuler. « Case closed », comme on dit en anglais. Cependant, chez les bonobos... Mais soit.

Les travaux de Shere Hite sont un apport majeur pour l'humanité. Personnellement, je trouve qu'on devrait lui décerner au moins UN Prix Nobel pour sa contribution à l'ouverture et à l'élévation du débat. Sortir de la boue dans laquelle nous pataugeons depuis plusieurs millénaires, tant les hommes que les femmes, ne se fera certainement pas en quelques dizaines d'années. Mais l'impulsion a été donnée et il est très important de souffler sur les braises pour ne pas que cette petite lueur d'espoir s'éteigne. Il est important aussi de surveiller de très près les courants d'air (et il y en a qui sont vraiment sinistres en Europe pour l'instant) afin d'éviter que de méchants drôles ne viennent prétendre que l'hérésie se terminera sur un bûcher ou sous une pluie de cailloux; que les femmes sont bien des êtres faibles et que l'Homme a bien le pouvoir « par nature et/ou par la Volonté de Dieu » (sic, impair et plouc), au plumard comme ailleurs.

Je ne peux que conseiller très vivement à tout le monde de lire ce « Rapport sur la sexualité féminine » et ce « Rapport sur la sexualité masculine ». Rien que pour les longs extraits de témoignages qui les composent pour la plus grand part. C'est à la fois émouvant, passionnant et infiniment instructif. « Il faut de tout pour faire un monde », semble sourire Shere Hite entre les lignes. Et même si l'on est en droit de ne pas (toujours) être d'accord avec ses hypothèses de travail, on est en devoir de la lire et de se remettre sérieusement en question en tant qu'individu sexué, que ce soit d'un point de vue social, culturel, psychologique, affectif, politique et, évidemment, sexuel. Et pour les très nombreuses femmes qui n'ont jamais de leur vie connu de « plaisir vaginal » et pensent être des handicapées du sexe, ainsi que pour leurs partenaires, « Le Rapport Hite sur la sexualité féminine » doit être dévoré de toute urgence !!!

Les deux ouvrages ont été publiés par les Éditions Robert Laffont, dans la collection Réponses. Le « Rapport sur la sexualité féminine » a d'ailleurs été réédité  en 2002 (ISBN 2221095219).

« Le Rapport Hite sur la sexualité féminine » de Shere Hite, ISBN 2-221-00049-8.
« Le Rapport Hite sur la sexualité masculine » de Shere Hite, ISBN 2-221-01131-7.
 


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