Lectures érotiques - Les Lumières


Les Liaisons Dangereuses - Choderlos de Laclos Imprimer
Lectures érotiques - Les Lumières
Écrit par Miriam   

Les Liaisons Dangereuses illustrées par Chéri Hérouard L'un des trois textes fondateurs de mon entrée en écriture fut Les Liaisons de Choderlos. J'étais encore à l'école primaire lorsque ce roman épistolaire magistral me tomba sous la patte; j'avoue que les premières pages me laissèrent infiniment perplexe. Qu'on s'imagine : une gamine de onze ans, qui se demande, une après-midi entière, ce que l'expression "surprise des sens" peut bien signifier. Mais qui se doute que ce n'est sans doute pas très honorable et qu'il vaut mieux ne pas chercher trop d'explications, au risque de se voir confisquer l'ouvrage qu'elle est en train de déchiffrer. Puis, aidée du dictionnaire et d'une solide dose de diplomatie et de persévérance, à mesure qu'elle avance en lecture, la gamine se fend d'un sourire candide en se félicitant de s'être accrochée. Pour finalement conclure, vers la centième page, qu'à part le vocabulaire et le tournures de phrases, il n'y a que peu de différence, dans le fond, entre la prose de la Ségur et celle du de Laclos...

Les Liaisons Dangereuses fait partie de mes livres de chevet : je l'ai lu et relu et, à chaque nouvelle rencontre, j'y ai trouvé d'autres charmes. Faut-il un résumé pour ce monument de la littérature ? C'est la coutume, lorsque l'on présente un ouvrage. Dès lors, allons-y : ce roman épistolaire, écrit en 1782, raconte un duel entre le salon et l'alcôve. La Marquise de Merteuil  et le Vicomte de Valmont sont des libertins et ont été amants. La rupture consommée, ils poursuivent chacun de leur côté leur carrière dans le vice, tout en restant "bons amis". C'est sans compter sur un élément très imprévu : le Vicomte, au détour d'un plan de séduction dont une épouse vertueuse doit faire les frais, tombe brutalement et sévèrement amoureux. Folle de jalousie, la Marquise entreprend alors une vengeance alambiquée, radicale et cruelle : persuader le Vicomte d'abandonner sa victime. Ce qu'il fait, d'ailleurs, autant par orgueil que par terreur pour les sentiments qu'il éprouve pour la toute première fois de son existence. L'engrenage lancé, le Vicomte s'aperçoit trop tard qu'il a été la dupe de la Marquise et précipite l'ensemble des protagonistes du roman dans un cataclysme total, dont personne ou presque ne ressortira indemne; le Vicomte finissant d'ailleurs par y perdre la vie lui-même.

C'est noir, je le reconnais, et viscéralement cruel. Mais bon, j'ai toujours apprécié les ouvrages un peu spéciaux... Et puis surtout, Les Liaisons Dangereuses, c'est un très bon exemple des écueils qui guettent les têtes brûlées de la joute amoureuse.

Il est clair que ce n'est pas un ouvrage tout public : c'est la langue du dix-huitième siècle, qu'il faut pouvoir aborder sans peine, c'est-à-dire avec un solide bagage littéraire et grammatical. C'est aussi une trame épistolaire extrêmement complexe : les voix s'entrecroisent et se contredisent parfois, en une espèce d'opéra post-baroque et pré-classique, qu'il n'est pas toujours facile d'apprécier, si l'on aime les récits simples et les narrations linéaires. Pour couronner le tout, la morale de l'histoire est d'un cynisme absolu, qui dépasse de très loin l'Il n'y a pas d'amour heureux de Louis Aragon et pose sur les sentiments humains un regard terriblement désabusé, tout en restant plein de passion. En bref, c'est un roman qu'il ne faut lire que si l'on est solide et bien stable sur ses deux jambes. Et qu'il ne faut jamais tenter d'imiter pour soi, bien entendu.

Ce dimanche premier mars 2009, j'ai reçu en cadeau l'édition parue à La Grappe d'Or en 1946 et illustrée par Hérouard (1881-1961, voir la section Curiosa). Pour le plaisir, voici quelques-unes des 16 vignettes qui ornent cette magnifique version :

Les Liaisons Dangereuses illustrées par Chéri Hérouard Les Liaisons Dangereuses illustrées par Chéri Hérouard Les Liaisons Dangereuses illustrées par Chéri Hérouard

 


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